Gros Eko : notre histoire et son évolution

Ou Gros Eko, Gros Mock, Dindon…
Berger australien de deux ans. Bien loin du chien modèle, il me donne de quoi réfléchir et me remettre en question au quotidien. C’est grâce à lui que j’en suis là, c’est ce gros poilu qui m’a mise devant le nez mon amour pour les bêtes qui sommeillait en moi depuis la tendre enfance. Attachant, drôle, dynamique, enthousiaste.. Qui ne succomberait pas devant tant d’amour et de bonne volonté ?
Nous pratiquons le canicross, et débutons l’agility.. Notre quotidien est rythmé par des séances de clicker traning ainsi que des balades en folie !

SON HISTOIRE…

Je dis toujours qu’on revient de loin, cette fois vous allez pouvoir en mesurer l’étendue.

J’ai toujours eu un faible pour les roux.. Tu as tout de suite fait chavirer mon cœur. Tu étais le petit gros, un suiveur, mais le premier à aller chercher le calme. Tu es arrivé à la maison et je n’avais jamais vu une boule de poils si confiante et téméraire. J’avais un chouette chiot entre les mains, propre, un suivi naturel du tonnerre, un rappel en très bonne voie, un calme imperturbable, une envie de faire plaisir et de découvrir le monde.. Élève modèle au premier cours d’école du chiot, petit loup à emmener partout sans soucis. Le pied. J’avais un diamant brut entre les mains. Clairement.

Mais ma confiance en moi a dégringolé à mesure que des comportements gênants sont apparus.. Avec du recul je me rends compte que j’en ai créé certains, que mes proches en ont créé d’autres et que le club que je fréquentais a fini de tout défoncer à la pelleteuse ce qu’on essayait de bâtir ensemble. Un peu de génétique n’a probablement pas aidé ? Des coups de malchance parfois ? Dans un conte ou une légende on aurait pu dire que j’ai créé le monstre… Plus par mes mauvais choix que moi directement, vous l’aurez compris.

Pour que vous puissiez comprendre l’ampleur de la chose, je vais vous dresser le tableau. Eko a développé pas mal de comportements qu’il m’était à l’époque impossible de gérer et de comprendre.
Tout a commencé très vite et s’est amplifié avec le temps. À notre pire épisode il était impossible pour lui de se poser en extérieur. Si on ne restait pas en mouvement, tu couinais, tournais en rond et finissais même par aboyer. Mon chiot qui était capable de rester couché sous une table au sein d’une terrasse était maintenant incapable de faire une pause. La marche en laisse était devenue un enfer, tu chargeais, tractais. Tu étais incapable de jouer calmement avec un autre chien, il fallait que ce soit, bastons sur bastons, courses poursuites sur courses poursuites. Que le chien soit plus gros ou plus petit que toi, tu ne t’adaptais pas non plus. Tu as commencé également à harceler les chiens qui n’interagissaient pas avec toi, jusqu’à les pousser dans leurs retranchements. Pour nos débuts d’Agility tu m’as pincée, trouée des manches, sautée dessus, faite tomber..
À la maison tu te posais mais au moindre bruit, au moindre mouvement tu te levais pour aller voir. Tu me suivais à chacun de mes mouvements. Beaucoup m’ont dit de ne pas te laisser faire, j’ai essayé, mais le fait de me suivre était un moyen pour toi de te rassurer, alors vous imaginez que ça n’a pas marché, c’était même plutôt pire. Il était difficile de te laisser seul, et c’est pourtant pas faute d’avoir essayé plein de choses, et plutôt de bonnes choses même. Mais incapable de gérer tes émotions, c’était une épreuve bien trop difficile pour toi, on enchaînait les destructions. Chaque matin, ou à chacun de mes retours à la maison, tu lâchais quelques gouttes d’urine, incapable de gérer, et ça jusque très tard, ce n’était pas qu’une question de physique et donc d’âge.
Quand tu dormais Eko, tu ne passais jamais en sommeil profond. Ton sommeil était très léger et tu te réveillais à la moindre stimulation. Les lieux fréquentés te stressaient au plus haut point, tu devenais ingérable dans beaucoup de situations. On ajoute à ça une prédation accrue… Tu bousculais violemment Murdock encore un jeune chiot, on devait vous garder séparés une bonne partie du temps. Impossible de te laisser quelque part et de m’éloigner. Tu ne tenais pas en place. Il t’était impossible de gérer une quelconque frustration. Tu chevauchais beaucoup, te déchargeais sur le petit Dock dès que tu en avais l’occasion. Tu commençais à montrer des signes de réactivité envers les inconnus et envers les autres chiens. Je me suis demandée si tu n’étais pas hypersensible et hyperactif…
Pour vous écrire tout ça j’ai replongé dans mes notes de l’époque et d’y repenser me noue un peu la gorge, c’est fou.. Pour vous ce n’est qu’une histoire sur un écran, pour moi c’était devenu mon quotidien. Un enfer ou l’amour pour mon chien combattait mon épuisement. Je n’avais pas les connaissances ni les compétences pour sortir de tout ça, mais on avait une relation puissante tous les deux, et c’est grâce à ça qu’on a pu commencer le travail et gravir les obstacles un à un.

Car… Qui j’étais pour vouloir faire de toi ma chose ? Qui j’étais pour penser que tu serais exclusivement comme je voulais que tu soies ? Ce n’est pas comme ça que ça marche et tu me l’as très bien fait comprendre. J’ai appris à t’accepter et te comprendre, pas sans peine.
Si seulement j’avais su bien m’entourer.. Si seulement j’avais su demander conseil aux bonnes personnes plus tôt..

J’ai mis un peu de temps à faire le deuil de mon chiot parfait, du petit Gros Eko. Je ne remercierai jamais assez ceux qui m’ont soutenue et guidée, dont une petite dame qui m’a beaucoup aidée avec lui mais surtout énormément avec moi, qui m’a dit un jour « il faut que tu te pardonnes ». ça a pris du temps.. Le temps qu’il fallait mais je me suis pardonnée. Et alors on a pu avancer toi et moi vers un travail de longue haleine.. Oh oui..

J’ai donc fini par réagir, pas vouloir comprendre, par vouloir changer les choses, enfin. J’ai commencé à lire, à me renseigner, à prendre des cours avec des professionnels compétents, à me former.. Et j’ai enfin pu mettre des mots sur ce qu’il se passait, cerner les problèmes et commencer le chemin pour les résoudre. Là a commencé une évolution longue et éreintante. On est passé par de belles réussites, de beaux échecs. On a patiné dans la choucroute ensemble, on en a chié des ronds de chapeaux… Mais notre courage, notre volonté, mon acharnement, notre relation qui devenait encore plus immense qu’elle ne l’était déjà, ont finalement payé. Après plus d’un an de boulot, je peux dire que je suis réellement fière du chemin qu’on a parcouru. On a pas fini, il reste encore beaucoup de choses à bâtir mais on a enfin de belles fondations sur lesquelles se reposer. C’est un soulagement indescriptible et un quotidien tellement plus harmonieux. Ceux qui ont connu Eko avant ne le reconnaîtraient pas, et ceux qui le connaissent aujourd’hui ne se doutait probablement pas d’où on vient tous les deux.
Je peux dire aujourd’hui que j’ai retrouvé mon Gros Eko, c’est toi le petit chiot chouette, mais avec quelques centimètres en plus. Tu as été un excellent professeur et tu le seras encore à n’en pas douter.
Vous n’imaginez pas la joie qui m’a emplie le jour ou je t’ai entendu ronfler pour la première fois. Le jour où je me suis levée sans que tu daignes lever une patte. Le jour j’ai pu passer une balade sans t’entendre aboyer. Le jour où j’ai enfin pu quitter la maison sereine en t’y laissant. Le jour où je t’ai vu jouer au sol dans le plus grand des calmes avec Murdock. Le jour où quand je me suis arrêtée regarder brièvement mon téléphone, en levant les yeux tu était couché et tu m’attendais patiemment. Je ne peux compter toutes ses balades en laisse tranquilles en humant le petit vent frais d’une belle soirée dans le quartier, tous ses rappels incroyables, toutes ces politesses.. Toutes cette joie que tu dégages et que tu me partages.

J’ai pleuré, j’ai ris, je suis passée par des montagnes russes d’émotions. Il faudra encore du temps pour qu’on parvienne à toucher les étoiles, mais on a déjà pris une belle revanche toi et moi. Quand j’écris ces mots, tu dors un peu plus loin, les quatre fers en l’air dans la plus grande insouciance, mais sens-tu ce regard débordant d’amour qui t’effleure que je t’adresse ?

Je ne sais pas si cette histoire aura su vous toucher, mais j’espère au moins qu’elle vous aura fait comprendre que mon Gros m’as fait un grand cadeau : me donner envie de vous aider vous. Au delà d’une soif d’apprendre et de comprendre intarissable, Eko m’a donné envie d’être celle qui soutiendra les duos humains-chiens tout au long de leur chemin, leurs évitant certaines embûches, les guidant pour en traverser d’autres sans se blesser. Et c’est décidé, je voudrais vivre un jour de ce métier qui me passionne.

ÉPISODE 2 :

En bref, on avait énormément évolué Gros Eko et moi… Puis on a pas mal stagné… Toujours harceleur envers les autres, toujours incapable de gérer certaines situations sans extérioriser à outrance, toujours très peu patient et avec toujours une frustration facile. Un calme fragile, facilement ébranlé. Un niveau de tolérance très bas, et pour moi toujours une grosse difficulté car il était très facile, trop facile de le pousser à l’échec, de le faire retomber dans ses schémas habituels.

Mes compétences grandissantes, on a continué de travailler, on a jamais abandonné. On a essayé plein de choses… Et j’avais cette impression angoissante qu’on avançait pourtant plus du tout. Qu’on était coincé là depuis plusieurs mois. Et ça me nouait la gorge d’en parler, je me sentais dépassée de nouveau, quoi faire de plus ? Comment ? Je me suis demandée si le problème ne venait pas de moi ? Je me souviens de cette conversation brève avec Corinne Martin qui m’avait bouleversée. Et si Eko était au bout ? Qu’il avait atteint ses limites et qu’il n’irait pas plus loin… Serai-je prête à l’accepter ? Étais-je prête à accepter mon chien tel qu’il était ? Clairement pas. Et si le problème ne venait pas aussi de là ?
Je me mettais une pression dingue. Je lui mettais une pression dingue par extension. En tant qu’éducateur ou comportementaliste on a un lourd poids sur les épaules… Les clients s’attendent à ce qu’on ait des chiens parfaits. Et si on nos chiens ne correspondent pas à cette idée de la perfection qu’ils se font, ils peuvent vite nous coller dans la case « incompétent ». A vrai dire, on s’attend forcément à ce qu’un graphiste ait un site internet incroyable, à un paysagiste qu’il ait un jardin bien entretenu… Enfin vous voyez. Il ne s’agit pas seulement d’image, mais de prouver nos compétences… Et avec mon chien qui tirait en laisse, harcelait les autres, pouvait hurler de frustration etc. ben.. J’étais bien servie.
Du coup, grosse remise en question, gros lâché prise et grosse perte de motivation avec.

Sauf que je me trompais. Je pensais qu’Eko n’avait pas évolué car j’avais pris soin de ne plus jamais le confronter à des situations que je ne le pensais pas capable de gérer. Ainsi il m’était tout simplement impossible de pouvoir voir ses progrès d’une part, et de lui permettre d’évoluer encore d’autre part.
Je l’ai laissé à l’école élémentaire en pensant qu’il n’avait pas le niveau collège le p’tit gars. Mais en fait, j’en savais rien ? Il n’y avait jamais foutu les pieds au collège !
Et c’est le jour ou je me suis dit « oh et puis mince, on essaye » qu’il a gérer comme un chef les situations que je lui présentais. J’ai pu faire au printemps une chasse au trésor en groupe avec lui. Il a été juste parfait… Parfait avec les autres chiens, son suivi était incroyable, son attention également. Je n’ai rien eu à lui dire, rien eu à gérer, j’ai juste lâché prise et profité de mon après-midi et lui aussi. Je n’avais pas ressenti ça depuis longtemps, c’était incroyable.

Il ne faut pas se berner, beaucoup d’éducateurs choisissent ce métier en partie pour assouvir un besoin de contrôle (inconsciemment bien souvent..). Parce qu’on se sent mieux, parce que ça nous rassure de tout gérer, de contrôler la situation, de contrôler notre environnement. Je remercie Eko de m’en avoir fait prendre conscience et de m’avoir appris cette année à lâcher prise un peu et surtout… A lui faire confiance. A me faire confiance. A faire confiance à notre super duo !

Par la suite, j’ai eu l’impression d’apprendre à le lire de nouveau, à le voir sous un nouvel angle.. On s’est permis de vivre plein de chose ensemble que je nous refusais !
Il n’est pas le chien que j’espérai avoir. Non, il s’en rapproche drôlement mais ne l’est pas.
Pourtant je suis fière de clamer aujourd’hui haut et fort que mon p’tit chien est parfait.
Gros Eko est parfait comme il est.
Il est parfait à mes yeux.
Il est parfaitement parfait.
Il est lui et bon dieu je suis raide dingue de ce chien tel qu’il est.
Il me fait rêver.
A la fois mon plus grand professeur et mon élève au quotidien.
Le chien d’une vie ? Possible…

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